Site Stefan Leyshon

portrait par katell sevestre

neige, neige
neige, neige. photo : mao.

la vie avec mon artiste

tu es si mal, la peur au ventre,

figé par ta souffrance,

tu fais les cent pas,

tu marches vite, parfois tu t'assois,

et tu te relèves, tu continues,

tu marches, tu ne sais pas si tu y vas.

tu veux tout arrêter, tu n'en peux plus

tu te concentres, tu as tout oublié,

et soudain, ton nom résonne dans la salle, on vient tout juste de t'annoncer,

ton cœur s'est tellement resserré, qu'à peine, il laisse de l'air passer

tu cours vers la scène, comme un élan, une dernière volonté,

seul contre tous, à chaque fois, où trouves-tu cette force d'y aller ?

puce

ébloui, abasourdi, tu luttes et tu te bats,

exposé seul face à tous

et tu les prends doucement, tu les apprivoises, ils t'observent,

tu te hisses dans leur imaginaire,

et enfin naît ta jouissance, ton bonheur immense,

la chaleur monte en toi

et puis, tu les attrapes, tu les tiens, tu les fais vibrer.

ils n'avaient plus le droit depuis longtemps,

de rire autant sans rien comprendre !

tu les surprends et tu les aimes.

et tu leur donnes et eux ils prennent.

sous la neige ou dans les airs,

tu les mènes dans ton univers,

puce

tu plonges dans leur âme qu'ils ont ouverte pour toi

tu touches les entrailles d'une enfance presque effacée,

blottie dans un coin, et un peu oubliée

tu les fais rêver, tu leur fais croire

avec quelle subtilité, tout ce qu'ils sont en train de voir

tu défies les lois universelles, tu bouscules les certitudes,

tu fais voler en éclats l'élémentaire vérité

et ça y est, tu es bien, tu goûtes ces instants, tu te remplis de tout,

de leurs regards, de ces yeux de grands

qui n'ont rien compris du tout

puce

et ils explosent de t'applaudir,

encore, un petit plaisir, ils en veulent juste un dernier

j'aime ton humilité, ta gêne,

tu voudrais pouvoir apprécier,

mais ça t'étourdit, tu es trop ému même,

si tu fais semblant de jouer,

de rire, d'ironiser sous des confettis que tu t'amuses à lancer

mais en secret, chaque bruit de main qui claque

glisse dans ton oreille comme un nectar de douceur

et reviendra en secret te rappeler ce bonheur

quand tu seras à nouveau égaré dans ta peur, envahi par le trac

puce

et quand tu sors de scène, dans la pénombre,

tu es prêt à te briser,

tu faiblis et tu t'effondres

ruisselant de bonheur, les mains tremblantes d'avoir tant donné

je te recueille mon amour,

je suis à toi, tu le sais

et je réponds à ton regard inquiet, qui ose me questionner

et me demander sans fausse pudeur : est-ce que tu crois que ça a bien marché ?

et quand dans la salle il n'y a plus rien,

quand tes gestes enfin me reviennent

j'aime quand tes mains à nouveau m'appartiennent.

puce

katell sevestre
25 janvier 2003